Nous avons, comme beaucoup d’autres, eu accès à des textes rédigés ces derniers jours par des salariés des quotidiens du groupe Nice Matin.
Nous sommes attachés à nos quotidiens, qui jouent toujours un rôle primordial dans l’équilibre général de la région. Il est de notre rôle de soutenir inconditionnellement les rédactions, mais aussi tous ceux, quels qu’ils soient, qui veillent à leur avenir malgré tous les obstacles que rencontrent les médias aujourd’hui. Tout particulièrement les régionaux. Nous savons la difficulté de leur quotidien et espérons que l’échange, la communication, aideront à dépasser des moments difficiles.
C’est pour cette raison que nous portons ces deux textes à votre connaissance.
Lettre ouverte à ceux qui croient dans le journalisme,
à ceux qui pensent le journal de demain, et à quelques autres
La rentrée de septembre 2026 ouvre à la rédaction du Groupe Nice-matin une phase de chambardements, prélude, dit la direction, à une réorganisation substantielle.
Bien que cette réorganisation n’a pas été détaillée dans ses implications, le ballet des mutations a commencé.
S’il existe des journalistes qui ont obtenu des postes souhaités, ce qui est résolument une bonne nouvelle, d’autres ont été convoqués par la direction, sans connaître l’objet de l’entretien. Les premiers y sont allés la fleur au fusil.
Il leur est annoncé leur mutation, décision déjà prise, sans concertation, sans appel à candidatures. La direction est désarmante de persuasion. Selon les témoignages, soit la mutation est acceptée, soit c’est un poste plus lointain, soit c’est la porte.
Les journalistes concerné.e.s doivent abandonner un domaine de compétences, des thématiques de prédilection, ou carrément renoncer au travail de terrain. Dans nos deux départements Alpes-Maritimes et Var, certains s’en accommodent, d’autres beaucoup moins, tellement la désillusion ressentie par l’abandon de leur savoir-faire est grande.
Depuis que ces entretiens ont démarré, la naïveté n’est plus de mise. Toute demande d’entrevue sonne comme une menace: “Que va-t’il me tomber dessus?” À l’effet de surprise, succède la peur, on peut le comprendre, voire un “surtout pas moi”.
Il y a un double contexte à cet épisode.
Le départ progressif de tous les CDD, la plupart d’excellents professionnels, tombés au champ de nos difficultés économiques. Non pas deux CDD, mais tous les CDD, dont un tract syndical osait encore souhaiter “l’embauche chronologique”, le 18 mars 2026. C’était il y a un siècle. Nous pensons à regret au départ de nos collègues, certains littéralement usés par l’insécurité dans laquelle ils ont travaillé.
L’autre contexte est l’épisode des mutations du printemps, annonciatrices à distance de celles de l’automne. Du Var et des Alpes-Maritimes, au moins quatre journalistes ont subi un changement d’affectation brutal. Contraintes médicales ignorées, changement de métier, mutations de 70 à 100 km de distance… Les collègues ont eu la totale.
Le bilan est un grave échec.
Deux arrêts maladie, deux licenciements. Ces quatre collègues, toutes des femmes, avaient un métier, un CDI, un avenir professionnel.
Si l’on voulait déstabiliser les journalistes, si l’on voulait les pousser au départ, on ne s’y prendrait pas autrement.
Le Groupe Nice-matin connaît d’importantes difficultés financières. Nous le savons, nous le
vivons au quotidien. Ces difficultés économiques nous engagent, comme les autres branches et métiers dans le groupe. La rédaction n’en est pas spécifiquement comptable.
Les difficultés économiques nous placent dans une situation objective de crise, mais la crise n’est pas un régime d’exception.
Sommes-nous surpris que cela entraîne stress, angoisse, perte de sommeil? Prendre des mesures adaptées pour protéger la santé physique et mentale des salariés n’est pas une fadaise, c’est dans le code du travail, articles L4121-1 et L4121-2.
Rien ne justifie la brutalité. Rien n’exonère de mener un travail de préparation, de conviction et d’accompagnement. Faire des mécontents, oui cela se peut. Mais après avoir respecté les procédures indispensables à toute entreprise de cette envergure. Information partagée, critères de sélection, recherche d’équité. Pas pour la façade, mais réellement, avec une dose de transparence.
La direction veut diminuer les effectifs ici ? les augmenter là ? Qu’elle ouvre la possibilité de se déterminer en connaissant les mouvements d’ensemble. Avoir évité la publicité des postes témoigne d’une vision centralisée et anachronique.
Non, les mutations d’office, décidées à huis clos, adossées à la peur d’un licenciement, ne sont pas une méthode valable pour réorganiser une rédaction. Quand bien même il existe une clause de mobilité dans nos contrats de travail.
Non, la confiance ne peut pas se construire dans un contexte instable, où des décisions arbitraires tombent sans préavis, du jour au lendemain.
Non, dans de telles conditions, les journalistes d’une rédaction ne peuvent pas se projeter dans l’avenir, adopter et porter le projet éditorial qu’ils appellent de leurs vœux.
Il y a de la peur et de la consternation, à l’opposé des immenses défis que nous devons relever. Le risque est de pousser à la démotivation, à la défiance, au désengagement. Le risque est de gaspiller les énergies et de voir ce climat délétère rejaillir partout.
Ce n’est pas l’image que nous avons de notre média.
Nous devrions être ensemble pour défendre sincèrement l’avenir de la presse locale.
Var et Alpes-Maritimes, le 25 septembre 2026
Entre épuisement et colère,
la rédaction attend des engagements de la direction
Réunis ce jeudi en assemblée générale, des journalistes des rédactions de Nice-Matin, Var-matin et Monaco-Matin ont collectivement exprimé les souffrances subies dans l’exercice quotidien de leur métier, notamment face à des récents mouvements arbitraires ayant entraîné des arrêts maladie et des licenciements.
Ils expriment également leur inquiétude, alors que la plus grande confusion règne déjà dans les organisations aujourd’hui, en raison du manque flagrant d’effectifs, au regard des ambitions éditoriales, vis-à-vis d’un projet de réorganisation au contour encore nettement trop flou. La rédaction ne peut pas accorder de crédit à un projet d’avenir porté par une direction coupable de la sombre situation présente. La rédaction invite ainsi la direction à redéfinir et préciser sa copie, et surtout l’assortir d’engagements fermes.
En guise de réaction symbolique, et pour exprimer cette défiance, dans un premier temps, les journalistes présents ont souhaité se mettre en retrait des ateliers consacrés à la réorganisation, et invitent l’ensemble de la rédaction partageant ce constat à faire de même.
La rédaction attend de la direction des engagements fermes d’ici ce mercredi 6 octobre, à savoir :
- l’engagement que ce projet de réorganisation soit basé sur un effectif socle assorti d’une stabilité assurée durant 24 mois (c’est-à-dire que tout départ soit remplacé), afin de pouvoir enfin travailler dans des conditions sereines.
- l’engagement que les correspondants espérés auront bien été recrutés au moment du lancement du nouveau journal, que des moyens suffisants seront donnés à la rédaction pour absorber cette nouvelle charge de travail que représente la relecture de leur copie, à la mise en page. Car nous sommes circonspect quant à l’usage de l’IA comme solution miracle.
- la définition précise des champs d’action futurs des services magazine, sports et reportage.
- l’établissement de fiches de postes claires pour chaque salarié, pour chaque locale, et plus largement les définitions de missions claires pour chaque service.
Enfin, la rédaction exprime sa solidarité vis-à-vis des autres services de l’entreprise en proie aux mêmes maux. Sans une vision pérenne, il n’est pas de réorganisation viable, si ce n’est simplement à précipiter encore davantage une chute dont les salariés ne sont pas responsables.
La rédaction se donne d’ores et déjà rendez-vous ce jeudi 8 octobre, pour examiner collectivement les réponses fournies par la direction, et définir la suite à donner à ce mouvement.
Le 1er octobre 2026